REDECOUVRIR LE LIEN ENTRE

le corps et l'esprit


L’élément fondamental qui caractérise le YOGA DERVICHE est la recherche de la prise de conscience du corps comme moyen d’entrer en relation consciente avec le psychisme (émotions et pensées), ouvrant ainsi une voie d’accès à la connaissance de soi. Cette prise de conscience, qui s’effectue toujours sur la base de l’affinement de la sensation et de la perception du corps intérieur, cherche à réharmoniser le corps physique et le psychisme pour permettre à l’homme, ayant réinvesti son corps, de redécouvrir en lui une vitalité, une créativité et une dimension nouvelles.

Notre travail se déroule autour de deux axes qui témoignent d’une approche globale de l’homme à travers son corps et son psychisme : d’une part, l’ensemble des méthodes de relaxation passive et de méditation active ; d’autre part, les méthodes dynamiques de mouvements et de danses.


Pour arriver à la prise de conscience de plus en plus fine du corps, un apport fondamental des exercices proposés est leur prolongement, qui consiste à adapter de façon optimale les mouvements et les gestes à la vie quotidienne. Le travail effectué lors des séances en permettra l’adaptation concrète aux circonstances de la vie. En cela, l’objectif des exercices va plus loin que la seule prise de conscience du corps et œuvre utilement à une meilleure insertion de l’homme dans son environnement matériel et relationnel.


Une question importante se pose alors à nous :  quelle position adoptons-nous par rapport aux problèmes psychiques qui peuvent se dévoiler lors d’un tel travail ?


Nous ne tentons pas de faire remonter les souvenirs, ni d’analyser les causes possibles de blocages ; nous cherchons avant tout à aider le mieux possible l’homme à réharmoniser son corps, à le réhabiliter pour le relier à nouveau à son psychisme et lui redonner ainsi la possibilité de mieux vivre et d’exprimer des tensions auparavant étouffées. L’Euphonie Gestuelle du Samadeva ne se propose donc pas de fouiller dans le passé pour rechercher les causes des tensions physiques, mais veut aider l’homme à mieux gérer son présent et son avenir.


L’intérêt de la détente et de la relaxation est d’induire certains états permettant la maturation et la décantation psychique, qui seront encore accentuées par l’effet stimulant et libérateur des exercices dynamiques. Ceux-ci sont travaillés en gardant le contact avec l’environnement puisqu’on garde toujours les yeux ouverts, contrairement aux moments de relaxation : on met donc l’individu dans une relation dynamique par rapport à son corps et à son environnement, auquel il lui est demandé de s’adapter le mieux possible.



On peut souligner l’élargissement que le YOGA DERVICHE apporte au concept même de corps ;  celui-ci n’est plus considéré uniquement comme un agrégat de particules matérielles, une construction de chair et d’os. Si l’on s’intéresse de près au corps physique en travaillant, comme en gymnastique traditionnelle, la souplesse des articulations, l’allongement des muscles, l’on s’intéresse également aux phénomènes rythmiques, respiratoires, circulatoires et psychiques qui s’y manifestent et l’on est conscient que le corps physique ne peut se mouvoir que parce que des forces vitales y sont à l’œuvre, qui permettent à l’organisme de vivre et de croître. On perçoit aussi de plus en plus que le corps est le support d’expériences intérieures qui sont la base des sensations et des sentiments et donnent lieu aux représentations et aux pensées. C’est pourquoi nous ne négligeons pas l’apport de toutes les informations fournies par les sens et les sensations corporelles ; au contraire, nous nous en servons pour aiguiser la conscience du corps, des émotions et des pensées.


Dès lors, nous pouvons d’autant mieux comprendre ce qui se manifeste dans les différentes approches de l’homme par les méthodes psycho-corporelles. Pensons à un individu en train de pratiquer une relaxation : allongé, les yeux clos, il est en partie hypnotisé par une musique ou une voix monocorde qui s’impose à lui pour lui suggérer des images qui vont vivre en lui sans qu’il les contrôle. Il est alors placé dans un état de conscience de rêve, de conscience imagée ; cette conscience était le propre de l’homme à une époque reculée… Il est donc fait appel à la faculté ancestrale de l’homme de tirer des images de son psychisme sans faire intervenir des forces mentales conscientes. Ceci permet de saisir pourquoi, lors de séances de relaxation, souvent un flot d’images sans lien apparent les unes avec les autres arrive à la conscience. On comprend également que ces images chaotiques impressionnent le psychisme de la personne, qui se trouve dans un état de conscience où elle est livrée au flux des images et représentations réfléchies par son inconscient, sans que la lumière de la pensée consciente puisse les arranger ni les ordonner.




Un autre élément devient compréhensible : c’est le fameux phénomène de catharsis sur lequel comptent tant les thérapies à médiation corporelle, phénomène par lequel une action sur une tension physique entraîne une décharge émotionnelle non contrôlée ; le fait de toucher à un blocage musculaire réveille chez un individu des images en rapport avec l’origine de la tension. Le moi ne s’impose pas dans le circuit perception-image-action, il ne compose pas volontairement l’image de ce qu’il veut créer avant que l’action ne soit exécutée. Si ces images ne sont pas ramenées en pleine lumière par la pensée consciente, il va se produire le même phénomène que chez l’animal, pour lequel un court-circuit se produit entre perception et action ; une perception sensible devient une « image force » qui contraint l’animal à agir immédiatement et selon la sympathie (attrait) ou l’antipathie (aversion) provoquée dans son psychisme… D’où des gestes incontrôlés, des crises de larmes se déclenchant sans possibilité de contrôle.


On peut pressentir le danger que représente un travail qui se borne à faire ressurgir les sentiments enfouis, les pulsions refoulées, qui laisse remonter sans les décrypter un flux d’images de l’inconscient. On risque de voir l’individu se perdre complètement dans la subjectivité de son vécu intérieur, dans l’entrelacs de tout ce fonds mouvant sur lequel viennent se greffer les sensations. En outre, la primauté accordée à l’inconscient peut donner l’illusion de voir dans tous les mouvements intérieurs la vraie solution de son besoin d’être et de s’exprimer ; ne nous sentons nous pas exister dans les mouvements passionnels qui agitent notre âme ? Le danger est donc pour l’individu de s’enfermer égoïstement dans son monde intérieur, de s’y complaire, de ne plus savoir s’ouvrir aux autres qu’en les ramenant à son propre vécu égocentrique.


Le YOGA DERVICHE permet d’éviter ces dangers en intégrant la dynamique du mouvement et celle d’une pensée active et consciente. Les exercices dynamiques qui se pratiquent assis ou debout permettent de dépasser le stade de la conscience de rêve liée à la position horizontale ; la prise de conscience de l’environnement physique est intégrée aux exercices, pour que chacun y soit directement confronté. Chaque individu est reconnu comme ayant ses particularités, son rythme de travail, ses limites, ses problèmes psychiques propres…


Le YOGA DERVICHE s’adresse là à l’homme qui, passant à la position verticale après la chute dont parle l’Ancien Testament, est doué de la première étincelle de conscience, d’un moi psychologique, et se revêt d’un corps physique. Ce corps était au départ beaucoup plus subtil qu’aujourd’hui, des forces de durcissement et de sclérose se manifestèrent ensuite, amenant l’homme à s’intéresser de plus en plus aux substances et aux forces matérielles, ce qui entraîna un durcissement prématuré du corps. Les impressions, émotions et pensées s’y inscrirent plus fortement et, par conséquent, firent descendre l’homme beaucoup trop bas dans la matérialité. Le corps physique devint alors progressivement celui que nous habitons aujourd’hui, formé d’une charpente osseuse, de muscles, de tendons, de nerfs et recouvert d’une peau. C’est à ce corps né de notre confrontation à la matière et à la vie sur terre que s’adressent les exercices d’assouplissement des articulations, d’allongement des muscles et de détente émotionnelle et intellectuelle. Par ces exercices, l’homme retrouve des mouvements et des gestes plus efficaces, plus appropriés aux conditions de la vie quotidienne par l’obtention d’un état de tonus optimum permettant un effort minimum, libérant par là même le psychisme de ses tensions spécifiques.


Le YOGA DERVICHE agit donc, d’une part par la relaxation où l’homme est placé dans un état de rêve conscient, d’autre part par des exercices dynamiques s’adressant à l’homme incarné dont le corps physique doit devenir un outil efficace face aux exigences de la vie sur terre et parfaitement adapté au fonctionnement émotionnel et intellectuel. Par la prise de conscience nouvelle du corps et de ses liens au psychisme, par la redécouverte de mouvements spontanés qui n’entravent pas les fonctions organiques, l’Euphonie Gestuelle du Samadeva fait le pont entre les forces expansives inconscientes et les forces sclérosantes, durcissantes présentes en l’homme. Elle apporte une harmonie nouvelle dans tous les processus vitaux et psychiques liés au corps, pour permettre à l’homme de libérer et de manifester ses capacités d’épanouissement et de création. Cette prise de conscience passant par un affinement de toutes les sensations corporelles, il est intéressant d’examiner les sens mis en jeu dans ce travail : ils sont au nombre de douze, bien que la science ne distingue actuellement que les cinq  les plus apparents.



En plus des cinq sens que sont le toucher, la vue, l’ouïe, l’odorat, le goût, le Yoga Derviche  éveille les sept sens qui relient l’homme à son psychisme et à son esprit :
  • Le sens de la chaleur, qui n’est pas semblable au sens du toucher car il révèle une autre qualité, différente de celle du toucher permettant, par exemple, de distinguer le lisse du rugueux.
  • Le sens de l’équilibre, qui nous permet de percevoir notre situation, notre position dans l’espace.
  • Le sens du mouvement, qui nous permet de percevoir,  par rapport au monde extérieur et grâce à l’activité de nos muscles et de nos membres, si nous sommes en mouvement ou en repos.
  • Le sens de la vie, qui nous permet d’entrer dans les profondeurs de notre organisme en nous donnant des informations sur l’état général de nos organes et le fonctionnement harmonieux des processus vitaux qui se déroulent dans le corps.
  • Le sens de la parole, car le sens de l’ouïe ne suffit pas pour reconnaître les bruits extérieurs comme étant des paroles humaines.
  • Le sens de la pensée, qui permet que la pensée soit saisie dans la parole.
  • Le sens du moi, qui donne la faculté de percevoir le moi des autres êtres humains.


Notre travail consiste à inclure tous les sens, de façon à relier l’homme physique à son psychisme et à son esprit et, par-delà, au monde et aux êtres environnants.


Nous comprenons le rôle fondamental que joue la prise de conscience du corps en nous faisant retourner à la première expérience de la matière faite par l’homme lors de la lointaine époque de la « chute », lorsqu’il a quitté la conscience brumeuse qu’il possédait auparavant et abandonné la position horizontale de l’animal pour se redresser volontairement dans la verticale. L’homme a pu alors se percevoir en dehors de son environnement, comme une entité distincte de celui-ci, comme un esprit occupant un corps isolé dans l’espace, mais parfaitement relié à celui-ci.


La prise de contact avec les réalités matérielles ainsi que l’opacité du corps ont confronté l’homme, au cours de son évolution, à des forces lui opposant une résistance nécessaire à son activité spirituelle pour qu’elle puisse faire retour sur elle-même, être réfléchie comme peut l’être la lumière par le tain d’un miroir. Le corps est donc pour l’homme l’appareil réflecteur provoquant la conscience, permettant au moi de se voir du dehors, d’être réfléchi comme celui qui est et se sent être, ce vouloir être se manifestant déjà dans la position verticale que l’homme, triomphant des forces de la pesanteur, a gagnée, reliant par là le haut et le bas, les forces cosmiques et les forces terrestres.


Cette expérience par laquelle l’esprit cesse d’être fondu dans le cosmos pour s’isoler dans un corps a connu sur terre une lente évolution, puis un tournant décisif à la Renaissance ; l’homme perd à cette époque le sentiment vivant de son appartenance au cosmos. L’expérience de se ressentir comme un être unique, cette expérience nécessaire qui prive l’homme de la tutelle des dieux et le place devant sa liberté, le coupe du monde spirituel et de la nature, qui cesse d’apparaître pour lui peuplée de forces élémentaires pour devenir inerte, minérale, « inanimée ».


Par la pratique de l’Euphonie Gestuelle du Samadeva, à nouveau, les rapports du corps et du psychisme changent. L’homme ne se ressent plus comme un être isolé dans son corps, mais acquiert une dimension relationnelle avec les autres et le monde environnant qui peut le mener à entrer en contact avec une réalité spirituelle en lui-même et éventuellement avec une conscience unifiante plus universelle. Cette dernière peut culminer dans une expérience mystique.


L’expérience d’avoir un corps et d’« être un corps » peut donc permettre à l’homme, non seulement d’être confronté à son propre ressenti et à son propre inconscient, mais également d’intégrer la partie de son être tournée vers le monde spirituel, le Moi Supérieur, dont son moi psychologique n’est qu’un faible reflet n’en révélant pas l’essence. La prise de conscience du corps peut amener à se reconnaître comme un hiéroglyphe du cosmos, le microcosme issu du macrocosme… On comprend mieux la fascination qu’exerce aujourd’hui le corps, cet acharnement à le disséquer, à fouiller les réflexes psycho-physiologiques, à vouloir percer le mystère qui entoure sa constitution et son fonctionnement. On s’explique mieux aussi l’engouement pour le corps, auquel on consacre de plus en plus de temps, d’argent et d’attention. L’expérience du corps telle que nous la proposons nous permet donc, non seulement de faire le lien entre le corps et le psychisme, mais de redécouvrir le lien profond entre le corps et l’esprit.


L’élément fondamental qui permet ce lien est la pensée, qui seule peut amener une prise de conscience lucide et éclairée du corps et de soi. Elle permet de rétablir l’ordre dans toutes les impressions de l’âme qui remontent des profondeurs afin de les « reconnaître » et de les « comprendre », c’est-à-dire les faire vraiment siennes et naître à nouveau avec elles. Un lien nouveau va pouvoir être créé entre, d’une part la volonté obscure qui sommeille dans le métabolisme et tout ce qui dort dans notre inconscient, d’autre part la volonté claire, libre et réfléchie qui émerge dans le psychisme supérieur de l’être humain. Celui-ci doit avoir le courage de plonger dans les tréfonds de son corps pour ramener en pleine lumière non seulement les émotions refoulées, mais surtout les germes de volonté qui y sont engloutis et les identifier à l’aide d’une pensée claire et vivante afin de les intégrer à son être libre et responsable.


C’est ce chemin que proposent les exercices de l’Euphonie Gestuelle du Samadeva pour élever et ordonner tout ce qui remonte des profondeurs de l’inconscient et le libérer de ses conditionnements, de ses mécanismes et de sa matérialité. Il s’agit donc, tant du point de vue physique que mental, d’un travail d’harmonisation et de libération.