Témoignage 1


Cours d’Euphonie Gestuelle à la Clinique des Estreilles à Pégomas


Depuis Septembre 2006 je donne une fois par semaine un cours d’Euphonie Gestuelle dans une clinique pour personnes en difficulté provisoire de vie. Ce sont uniquement des personnes dépressives, rencontrant des problèmes avec la dépendance, en particulier l’alcool. Elles sont sous traitement d’anti-dépresseurs.
La salle est une pièce de repos. Il y a un canapé, une table basse, une TV, une bibliothèque et une table de ping-pong. Il faut donc déménager un peu les meubles pour faire de la place, ainsi que certains pensionnaires accrochés à la télé en plein feuilleton... Précision, ne pas oublier de scotcher le panneau « Ne pas déranger, séance d’Euphonie Gestuelle en cours » sur la porte, sinon toutes les 5 secondes quelqu’un veut venir voir le feuilleton à la télé. J’explique l’état d’esprit et nous commençons le cours. Selon l’état des patients, je ne fais pas les danses. Il ne peut y avoir un travail continu car ils sont en cure pour 3 semaines et je ne les vois que 2 ou 3 fois au maximum.
J’apprends beaucoup de toutes ces expériences, de tous ces frottements qui m’empêchent d’être dans un petit confort. J’apprends la tolérance et la patience.
Rien n’est facile car tout peut être sujet à déraper facilement. Par exemple, je me souviens d’une femme qui me dit qu’elle est fatiguée. Je lui propose de faire ce qu’elle peut. Je pense qu’elle a pris au mot ce que je lui avais conseillé : elle n’effectuait chaque exercice qu’une seule fois. Pour les mouvements méditatifs elle est partie s’allonger sur le canapé et une autre a suivi et elles commençaient à faire la causette. En pleine lettre de l’alphabet en équilibre sur une jambe, je devais leur demander gentiment de faire le silence. J’étais épuisée intérieurement tant j’ai du tenir pour assurer la séance jusqu’au bout. J’étais parasitée par des considérations intérieures. Au cercle du respect je regardais tout le monde sauf elle. Puis je me suis souvenue dans quel état j’étais arrivée 7 ans auparavant dans les stages avec Ennea. J’étais si malade et épuisée que je m’endormais à même le sol pendant que les autres continuaient. Jamais Ennea ne m’a témoigné le fait que je pouvais perturber le bon déroulement du stage ou que ma place n’était pas parmi eux. Je regarde donc cette jeune femme et la questionne sur son ressenti. Elle avait les larmes aux yeux et m’annonce qu’elle avait beaucoup aimé cette séance et qu’elle reviendrait la semaine prochaine.
J’ai beaucoup de gratitude pour ces moments partagés avec eux. Le seul piège à éviter est celui de ne pas se « faire valoir » auprès d’eux. Ce serait facile, car ils sont désemparés et s’accrochent à la moindre personne qui leur porte de l’attention. Je les connais bien car j’ai été comme eux à un moment donné de ma vie, je connais le manque et la dépendance, le non respect de soi et le désir de non vie.
Je remercie Ennea d’avoir eu confiance en moi et de m’avoir autorisée à exercer en clinique.
L.


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Témoignage 2

Mon expérience de monitrice EG

J’ai commencé il y a plus de 4 ans à donner des cours EG avec une certaine timidité et poussée par la nécessité de redonner ce qui apportait tant de bienfaits à ma vie. C’est donc avec joie et un certain trac que j’ai ouvert mon premier cours avec 7 personnes à la Chaux-de-Fonds.

Puis, une proposition de Coline me demandant d’organiser un stage Ennéagramme et EG pour elle et Ennéa, une rencontre avec un organisateur d’événements, des contacts avec des libraires, avec des parents d’enfants handicapés mentaux et voilà que le timide projet de départ s’élargissait.

Durant deux ans je suis restée avec ce qui se présentait, j’acceptais d’organiser selon les impulsions extérieures. Mon travail intérieur était en lien avec le trait de la peur, celle de ne pas être à la hauteur et la vanité d’être celle qui sait, qui fait. La joie aussi d’accueillir Ennéa, Coline, France, de faire des rencontres nouvelles.

Contente de voir des personnes découvrir avec enthousiasme l’EG, je me suis retrouvée à présenter l’EG dans la rue lors de l’expo nationale suisse, ou dans des festivals, cela avec des amies monitrices. Nous avons été largement récompensées en voyant défiler des centaines de personnes, souriantes, émerveillées, émues ou curieuses devant la beauté des mouvements. La rue, avec le travail sur l’image de soi, m’a sans doute aidée à prendre ma place de monitrice avec plus d’assurance.

II y a deux ans, je suis venue vivre dans la région de mon enfance et un pas supplémentaire s’est fait. Bien décidée à offrir plusieurs cours EG, bien décidée à en faire une activité lucrative, j’ai organisé une dizaine de soirées présentation EG. Un certain succès m’a enivrée, puisque trente quatre personnes se sont inscrites sur quatre cours. L’enthousiasme devant tant de visages radieux en fin de séance fut motivant, pour proposer des stages avec Ennéa, avec France, recevoir le Dr. Clara Naudi pour des conférences et participer à un salon.

Et puis…passés les moments de certitude d’une progression ascendante, passé le stage avec Ennéa ou vingt huit de mes élèves étaient présents, est venu un certain vide. A chaque trimestre moins de monde et difficile de renouveler les groupes. Je perds une partie de mon enthousiasme, remises en question, et toujours le désir, la nécessité de partager, de redonner. Les départs me montrent combien l’EG a crée un lien, et combien un groupe peut s’affaiblir lorsque trois ou quatre personnes ne reviennent pas après les vacances.

Avec le temps et une pratique régulière, parler de l’EG est devenu aisé pour moi. « Être » monitrice, c’est autre chose, je connais certains des petits mois qui se prennent au sérieux, ceux qui se mettent au service avec gratitude, et ceux qui encore se trompent dans les rythmes. Devenir qui je suis, c’est le chemin que je tente de parcourir à travers les moments de présence dans le mouvement.

Durant ces quatre années, j’ai rencontré plusieurs centaines de personnes, j’ai donné des cours à une trentaine de monitrices de gymnastique, à des personnes souffrant de fibromyalgie ou de sclérose en plaque, j’ai accueilli durant un an un jeune trisomique. En séance individuelle, j’ai reçu un jeune délinquant de 17 ans et une jeune fille de 15 ans, tous deux placés par le juge des mineurs dans des familles d’accueil. J’ai donné des cours de théâtre et EG dans deux écoles pour des enfants de 8 à 12 ans.

Toutes ces expériences m’ont montré combien ces mouvements sont un cadeau à l’humanité. Et si des personnes ont cessé de venir suivre les cours, elles me téléphonent, viennent à une conférence et restent reconnaissantes pour l’EG mais leur vie semble les attirer ailleurs. Pour ma part, je me pose la question de ma responsabilité devant ce phénomène, suis-je vraiment responsable du fait que les gens viennent ou non à mes cours ? Suis-je si mauvaise ? Je suis à peine au début du travail et je tends vers suffisamment d’humilité pour accepter ce qui est et pour me rappeler la chance que j’ai eue de recevoir ces mouvements par Ennéa en compagnie d’autres amis chercheurs de vérité.


Ce qui toujours a été une aide pour moi, ce sont les journées supervision, elles apportent le sens, la valeurs au travail sur soi et à la transmission. J’ai la chance d’avoir auprès de moi, Alain, Régula, et Michel qui toujours m’aident pour la pose d’affiches, distribution des plaquettes, l’accueil lors des présentations etc. Je sais que seule je ne peux rien, j’aurais baissé les bras. Maintenant je me prépare pour le professorat et j’en suis ravie.

St-Ursanne, le 12 décembre 2006


Michelle Perrin


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Témoignage 3